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Fraude pyramidale à trois milliards, l’affaireFull Tilt Poker mène à des banques suisses

Les dirigeants du site de paris auraient détourné 440 millions sur les fonds déposés par les joueurs. Une partie de cette somme serait cachée à Genève et à Bâle

«Full Tilt n’était pas un site de poker légitime, mais une véritable fraude à la Ponzi»: voilà comment le procureur de New York résumait l’affaire dans un communiqué lundi. Full Tilt Poker, fermé depuis le 30   août, est le troisième site de paris en ligne épinglé dans une vaste enquête dévoilée par la justice américaine en avril dernier, avec l’inculpation des dirigeants des sites Full Tilt Poker, Pokerstars et Absolute Poker. Parmi les quatre personnes poursuivies pour fraude bancaire, blanchiment et prise de paris illégaux apparaît le nom de, un des joueurs professionnels les plus connus aux Etats-Unis. Tous disposaient de comptes en Suisse.

Chris "Jesus" Ferguson

Full Tilt Poker se vantait de réunir un million de joueurs réguliers et ses tournois virtuels en rassemblaient souvent plus de 50   000 simultanément. Or il apparaît dans la plainte qu’en mars dernier le site devait 390   millions de dollars à ses joueurs, alors que la société ne disposait plus que de 60   millions en banque. «En réalité, Full Tilt Poker ne conservait pas de fonds suffisants pour rembourser tous les joueurs et, de plus, utilisait ces fonds pour rémunérer des membres du conseil d’administration et des actionnaires à hauteur de plus de 440   millions de dollars depuis avril 2007», affirme le parquet de New York, qui a établi la liste des banques utilisées à l’étranger, et notamment en Suisse.

Les fondateurs de Full Tilt Poker avaient ouvert quatre comptes auprès de la Banque cantonale de Bâle, inscrits sous différentes entités. Les dirigeants du site Poker­stars utilisaient les services des filiales genevoises du Crédit Agricole et de la banque Hapoalim. Les transactions des patrons de Absolute Poker mènent quant à elles sur des comptes à Malte, en Irlande ainsi qu’à la banque genevoise Pictet. La plainte civile affirme que cette dernière aurait abrité jusqu’à 11,7   millions de dollars. Tous ces comptes sont visés par une demande de saisie pour blanchiment. Contactés hier, des porte-parole de la Banque cantonale de Bâle, de Crédit Agricole Suisse et de Pictet n’ont pas souhaité commenter. La banque Hapoalim précise seulement que sa politique générale est «de ne pas communiquer avec les médias».

Les administrateurs des trois sites sont accusés d’avoir «puisé dans les poches des joueurs les plus loyaux tout en mentant allègrement à la fois aux joueurs et au public sur la sécurité de l’argent déposé». Quant à Full Tilt Poker, ses dirigeants auraient «escroqué les joueurs en leur faisant croire que les fonds qu’ils déposaient pour le jeu en ligne étaient en sécurité et disponibles à tout moment», poursuit la plainte de 103   pages.

Interdits aux Etats-Unis depuis 2006, les opérateurs de sites de poker ont déployé des efforts considérables pour continuer d’encaisser les paris de joueurs américains, en utilisant des intermédiaires financiers dans le monde entier, en rachetant des banques et en prélevant les mises de joueurs sur de faux sites de commerce électronique. Full Tilt Poker, officiellement basé à Dublin, avait par exemple racheté une petite banque américaine, en 2009, pour l’aider à masquer l’usage réel des fonds récoltés pour les paris. Le gouvernement américain évalue à 3   milliards de dollars le total des montants ainsi blanchis.

Ce sont les restrictions introduites par Visa et Mastercard pour bloquer les versements à ces sites qui ont fini par étrangler Full Tilt Poker. «Dès le mois d’août 2010, Full Tilt Poker rencontrait toujours plus de difficultés pour débiter les comptes des joueurs américains, explique la plainte. Au lieu de reconnaître ce fait, Full Tilt Poker a commencé à créditer les comptes de joueurs avec de l’argent qu’il n’avait jamais prélevé», explique le procureur dans son communiqué.

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