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L’avocat zurichois évite la prison grâce à un tableau

Edgar Paltzer, qui organisait les soirées mondaines « les salon de l’esprit », évite la case prison grâce à un tableau de Daubigny. Ses cinq coffres chez UBS ont été saisis jeudi.

Pour se sortir des griffes de la justice américaine et revoir leur famille, certains banquiers suisses avaient dû hypothéquer leur maison ou demander l’aide de proches. L’avocat zurichois Edgar Paltzer, lui, a mis en gage un tableau du XIXe.

Edgar Paltzer à son arrivée au tribunal de New York

Edgar Paltzer à son arrivée au tribunal de New York

Inculpé pour assistance à la fraude fiscale de ses clients en avril dernier, l’ex-star du cabinet Niederer Kraft & Frey s’est rendu à la justice américaine le 14 août, plaidant aussitôt coupable.

«J’avais conscience que mon comportement était inapproprié», a-t-il reconnu devant la Cour de Manhattan dirigé par Preet Bharara. Sa coopération «totale» devrait lui valoir une réduction «substantielle» de sa peine, espère son avocat. Cela fait, restait encore un point à régler: les conditions de sa remise en liberté et de son retour en Suisse dans l’attente de son procès.

"La Gardeuse de Chèvres", de Charles-François Daubigny

« La Gardeuse de Chèvres », de Charles-François Daubigny

Sur ce plan, Edgar Paltzer s’en est bien sorti. L’accusé a pu garantir sa caution – initialement fixée à 2 millions de dollars – par la mise en gage d’un tableau, «La gardeuse de chèvres», par Charles-François Daubigny (1817-1878).

Le greffe précise dans le dossier que la valeur de l’œuvre a été évaluée par un expert indépendant entre 450’000 et 500’000 dollars. Selon cet accord, le tableau «sera conservé dans les locaux des avocats de la défense et livré au gouvernement des Etats-Unis à sa demande». Citoyen américain et suisse, l’homme de loi a encore dû signer un document certifiant qu’il ne s’opposerait pas à son extradition, le cas échéant.

Rien n’a encore percé sur les informations que les autorités américaines pourraient tirer de la coopération d’Edgar Paltzer. Son acte d’inculpation laissait entendre que la banque zurichoise Frey avait joué exactement le même jeu que la défunte Wegelin, récupérant les clients américains qui fuyaient UBS après 2009.

L’acte d’inculpation d’Edgar Paltzer laissait entrevoir des liens avec six autres établissements suisses, dont la banque Rahm & Bodmer. L’avocat aidait des clients à y cacher leurs fonds, ou à vider leurs comptes en leur envoyant des chèques par la poste. Il leur demandait ensuite s’ils avaient «bien reçu les cartes postales».

A cette même époque, Edgar Paltzer et son épouse, Gabriele, qui venait de passer un doctorat en éthique, invitaient régulièrement le gratin zurichois à leur domicile lors de soirées baptisées «Salon de l’esprit».

Les secrets d’Edgar Paltzer seront bientôt percés. Jeudi dernier, le tribunal a ordonné la saisie de cinq coffres inscrits à son nom chez UBS à Zurich. Le nom de son épouse, Gabriele, est expressément cité comme faisant l’objet d’une interdiction absolue de toucher à leur contenu.