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Swissinso, une étrange entrée en Bourse qui a tourné au cauchemar

Avant de faire son sac pour le pénitencier d’Allenwood, en Pennsylvanie, où il purge aujourd’hui une peine de 72 mois ferme pour fraude, Myron Gushlak n’aurait pas tout dit au juge. Et c’était à prévoir: c’est sa femme qui a vendu la mèche.

S’estimant grugée et demandant le divorce, Debbie Gushlak a mené l’enquête et se dit aujourd’hui en mesure de le prouver en justice: son escroc de mari, condamné à 20 millions de dollars d’amende en novembre 2010 pour une vaste fraude boursière remontant à 2001, aurait omis de révéler une partie de son bas de laine à la justice américaine.

Quelques jours seulement avant sa sentence, devinant que le juge allait l’envoyer au trou, Myron Gushlak se serait arrangé avec sa maîtresse pour vendre en toute hâte les parts qu’il aurait détenues en secret dans une start-up prometteuse de l’EPFL, Swissinso Holdings.

Basée au parc scientifique d’Ecublens, Swissinso devait être une «vitrine» du savoir-faire helvétique en matière d’énergie solaire. En mai 2010, le magazine Bilan décrivait son système de purification d’eau comme l’une des «six technologies suisses» qui allaient «changer le monde».

Les prospectus de la start-up étaient de tous les voyages des officiels suisses, en particulier dans les émirats du Golfe, où Swissinso aurait dû concevoir les façades solaires révolutionnaires du projet avorté de Masdar City.

Problème: ces belles promesses ne se sont jamais concrétisées. Depuis sa création en 2006, Swissinso n’a jamais rien vendu. Pas un seul panneau, pas un seul purificateur d’eau.

Les comptes de la société soumis aux autorités boursières américaines montrent que Swissinso a accumulé un déficit de 10,4 millions de dollars, dont 8,2 millions creusés par des «frais généraux et administratifs», le tout sans dégager un dollar de revenu.

Ces millions dépensés mais jamais gagnés, Swissinso les a levés en bonne partie en bourse, grâce à Myron Gushlak.

Dans son bureau d’Ecublens, le directeur de Swissinso, Yves Ducommun, raconte l’histoire de cette rencontre avec ce curieux personnage.

Fin 2009, en pleine crise financière, le moment était plutôt mal choisi pour lever des fonds et financer l’envol d’une start-up. Les banques n’étaient pas prêteuses, et les fonds de capital-risque hésitaient à engager les montants élevés dont Swissinso avait besoin pour démarrer.

«Je connais quelqu’un qui a une solution», glisse alors un contact à Yves Ducommun, qui ne parvient plus à se remémorer l’origine de ce tuyau percé. Ce «quelqu’un» est un financier canadien établi aux îles Caïmans, Myron Gushlak.

L’homme dispose de sociétés dormantes cotées en bourse aux Etats-Unis, toutes prêtes à être utilisées pour lever des millions auprès d’investisseurs.

Contrairement à une entrée en bourse traditionnelle, le financier propose une opération rapide et bon marché. Son plan? Un«reverse takeover»: une de ses coquilles vide mais cotée s’endette pour racheter Swissinso, qui lui rembourse l’opération après coup.

Le tour de passe-passe se déroule en novembre 2009, et Swissinso Holding fait son entrée officielle sur la bourse américaine en se faisant «racheter» par Pashmina Depot Inc, une société de vente de vêtements sur Internet qui n’avait plus écoulé un pull depuis des lustres.

«L’opération a été un succès», se félicite aujourd’hui Yves Ducommun. Initialement cotée à 1,8 dollar, l’action s’envole rapidement au-delà des 2 dollars. A ce niveau, la start-up lausannoise peut se targuer d’une capitalisation boursière de plus de 100 millions. Les investisseurs salivent enfin.

En février 2010, Swissinso lève 5,6 millions de dollars auprès de partenaires «institutionnels et privés» dans ce qui devait être un premier tour de table. Puis les mois passent.

Le président de Swissinso, Michel Gruering, qui n’exerce pas d’activité opérationnelle, a beau se verser un salaire de «consultant» et «d’apporteur d’affaires» de 18 800 francs par mois, ses efforts ne débouchent sur aucune vente.

Le cours de l’action glisse doucement jusqu’à 1,2 dollar. Le 15 novembre 2010, c’est le krach. En une journée, l’action de la start-up s’effondre de 40% sous le poids d’une vente de 155 000 titres, alors que le volume quotidien sur le titre ne dépassait pas les 3000 échanges.

Trois jours plus tard, le 18, Myron Gushlak se voyait condamné à six ans de prison.

Yves Ducommun dit ne pas avoir été frappé par le rapprochement de ces deux dates. Selon lui, la transaction du 15 novembre aurait été exécutée par un ancien administrateur, dont il préfère taire le nom.

Celui-ci aurait vendu ses titres par l’intermédiaire de sa «concubine», parce que les règles boursières américaines lui interdisaient de le faire.

Debbie Gushlak a une autre thèse. Elle affirme que peu avant sa sentence, Myron Gushlak serait parvenu à alerter sa maîtresse, Yelena Furman, qui se serait rendue dans l’appartement du financier déchu à George Town, capitale des îles Caïmans, pour y dérober des caisses de documents.

Celles-ci contiendraient quantité d’informations sur ses affaires et ses placements. Sans l’affirmer directement pour l’heure, Debbie Gushlak laisse aussi entendre que la vente qui a mis l’action de Swissinso au tapis, ce 15 novembre, ne serait pas étrangère à ces événements.

Elle devrait en avoir bientôt le cœur net: en novembre dernier, l’ex-épouse a obtenu une injonction obligeant Yelena Furman à lui rendre les documents. L’action de Swissinso, qui tutoyait les 2 dollars fin 2009, valait 8 cents vendredi. La société cherche un repreneur.

In re APPLICATION OF DEBBIE GUSHLAK

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