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La Chine ne veut pas du maïs génétiquement modifié par le semencier bâlois Syngenta. Des fermiers du Midwest se retrouvent avec leur production sur les bras et portent plainte.

Une version de cet article est paru dans L’Hebdo du 13 novembre 2014.

Une cargaison de maïs refoulée dans le port de Shenzhen, et c’est le monde qui bascule. Depuis quelques semaines, le géant bâlois des semences transgéniques Syngenta fait l’objet d’une vague de plaintes lancées par des fermiers d’Alabama, de Géorgie, du Mississippi et de Louisiane.

Ces producteurs reprochent au groupe suisse de ne plus pouvoir écouler leur production, par sa faute, depuis que les autorités de Pékin ont mystérieusement refusé de laisser entrer sur leur sol une nouvelle variante de maïs génétiquement modifié, Agrisure Viptera.

Syngenta commercialise cette semence depuis 2010 aux Etats-Unis, en Argentine et au Brésil, avec l’aval des autorités de ces pays. Une demande avait également été déposée en Chine en 2010.

Le groupe suisse a encore lancé une seconde génération de semences de ce type en 2011, Agrisure Duracade, dotée du même trait génétique de résistance aux insectes appelé MIR162.

Problème: le Ministère chinois de l’agriculture, qui a pourtant avalisé une quinzaine d’autres types de maïs génétiquement modifiés, refuse toujours de valider celui de Syngenta en estimant que sa demande serait simplement «incomplète».

Entre-temps, les autorités chinoises ont déjà refoulé plus d’un million de tonnes de maïs Agrisure arrivé par cargo au port de Shenzhen.

Les fermiers du Midwest qui avaient planté du maïs Agrisure n’auraient, en théorie, pas dû souffrir de ce blocage. Les semences MIR162 de Syngenta ne représentent que 3% du maïs planté aux Etats-Unis, et la majorité des céréales qui y sont cultivées sont consommées sur place.

En outre, moins de 20% de la production américaine sont exportés vers la Chine. La situation des producteurs américains est devenue dramatique pour une autre raison: la crainte de la contamination.

DES ENNUIS QUI S’ACCUMULENT

Dès que les premières inquiétudes sur un éventuel blocage chinois d’Agrisure sont apparues, en 2011, le négociant américain Bunge a refusé de recevoir ces chargements dans ses silos, même si ceux-ci n’étaient pas destinés à l’exportation vers la Chine, par crainte que des résidus de MIR162 ne se mélangent avec d’autres cargaisons dans ses élévateurs.

Quelques mois après Bunge, le groupe Cargill a lui aussi bloqué les chargements d’Agrisure, laissant des centaines de fermiers sans débouchés pour leur production. En 2012, Syngenta a porté plainte contre Bunge en invoquant une loi américaine de 1916 qui interdit aux exploitants de silos à grains de favoriser certains agriculteurs.

Un juge de première instance de l’Iowa a toutefois débouté Syngenta, estimant que le groupe suisse avait pris le risque de commercialiser Agrisure avant d’avoir reçu l’aval des autorités chinoises.

Depuis lors, les ennuis de Syngenta n’ont cessé de s’accumuler. Mi-septembre, Cargill et un second négociant américain, Trans Coastal, ont attaqué le groupe suisse. Selon ces plaintes, Syngenta aurait investi 200 millions de dollars et cinq à sept ans de recherche pour développer Agrisure et aurait décidé de forcer sa mise sur le marché sans autorisation d’exporter en Chine pour récupérer au plus vite son investissement.

Cargill et Trans Coastal réclament plus de 120 millions de dollars de dommages. De leur côté, des dizaines de fermiers du Midwest demandent que leurs plaintes individuelles soient réunies dans une action collective.

Un porte-parole de Syngenta interrogé par L’Hebdo n’a pas donné d’explications sur le refus des autorités chinoises, ni indiqué si de nouvelles démarches avaient été entreprises pour résoudre le problème. La firme bâloise estime que les accusations portées contre elle aux Etats-Unis sont «sans fondement».

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