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Chez les époux Karimov, c’est monsieur qui gère les boutiques

Les fratries sont ainsi faites, avec leur étrange diversité de caractères. Chez les Karimov, il y a la flamboyante Gulnara. Quarante ans, femme de fer et cœur à prendre, elle est aussi à l’aise sur les podiums des défilés de mode que sur l’échiquier de ses sociétés écrans, de Londres à Gibraltar, qui fondent sur tout ce qui rapporte en Ouzbékistan. Ses montages ont attiré l’attention des autorités suisses, qui ont bloqué 600 millions de francs cet été sur les comptes helvétiques de la belle. Puis il y a Lola.

Lola, que les diplomates américains exilés dans les steppes d’Asie centrale aimaient regarder danser jusqu’au bout de la nuit dans les night-clubs de Tachkent. C’était en 2004, et l’effrontée n’avait alors que 26 ans. Un certain Timur, que les services américains identifiaient comme un patron de bar, rôdait déjà dans les parages.

Lola s’est assagie. Elle s’est installée à Genève, tout comme sa sœur, et est devenue Lola Karimova-Tillyaeva après son mariage avec le Timur précité. Outre l’achat d’une villa à Vandœuvres pour 43 millions de francs en 2010, le jeune couple n’avait jamais attiré l’attention. Mais voilà qu’un pan de leurs activités apparaît aujourd’hui au hasard d’un procès intenté par un ex-employé genevois qui leur réclame des centaines de milliers de francs d’arriérés de salaire.

Tout commence en 2008, lorsque Lola jette son dévolu sur une petite société suisse, Gesyco SA, qui détenait les pas-de-porte d’une douzaine de boutiques de mode à Genève, Lausanne, Montreux et Neuchâtel. La vente n’avait pris que quelques semaines, et avait été scellée à un prix particulièrement élevé, se souvient un témoin. L’opération ne s’était pas faite sans mal. L’irruption de ce nouvel actionnaire «politiquement exposé» avait indisposé la Banca del Gottardo qui traitait avec Gesyco depuis des années. De nouvelles relations avaient dû être nouées en urgence, cette fois avec une grande banque suisse.

Très impliquée dans un premier temps, Lola Karimova a cédé la gestion de l’entreprise à son mari, début 2009, après sa nomination au poste d’ambassadrice d’Ouzbékistan auprès de l’Unesco. Depuis, plusieurs boutiques ont fermé ou ont été vendues. Il n’en reste actuellement plus que sept, dont six à Genève et une à Lausanne.

Interrogé sur l’intérêt du couple pour cette modeste entreprise, l’avocat genevois de Timur Tillyaev, Philippe Schellenberg, répond que son client dispose d’une «bonne expérience du commerce de détail dans le prêt-à-porter et se sent à l’aise dans ce domaine». Selon l’opposition ouzbeke, le jeune homme d’affaires posséderait dans son pays d’origine plusieurs bazars exemptés de droits de douane. Philippe Schellenberg le dit simplement «actif dans le commerce international».

L’avocat, qui siège par ailleurs comme administrateur de Gesyco, défend la société dans son litige aux prud’hommes et conteste tout reproche. Il s’étonne toutefois de l’ingratitude de l’ex-employé, qui touchait «un salaire très confortable pour la branche, avec voiture de fonction».

Droit de réponse paru dans Le Matin Dimanche le 23.12.2012:

Monsieur Timur Tillyaev et Madame Lola Tillyaeva contestent en partie la présentation faite dans l’article publié dans «Le Matin Dimanche» du 2 décembre 2012, sous le titre «Chez les époux Karimov, c’est monsieur qui gère les boutiques».

Il y est mentionné que Monsieur Tillyaev posséderait des bazars en Ouzbékistan exemptés de droit de douane. Cela est inexact. Monsieur Tillyaev possède des intérêts dans une société basée en Ouzbékistan qui détient un marché («bazar»), mais qui est également active dans le transport international. Cette société est assujettie aux droits de douane, comme le sont les autres entreprises du pays, et est en règle avec toutes ses obligations fiscales.

Contrairement à ce qu’indique l’article, ni Madame Tillyaeva, ni Monsieur Tillyaev n’ont à un quelconque moment géré Gesyco SA. Ils ont, dès le départ, nommé une personne à cet effet.

Contrairement aux informations publiées, l’ouverture d’une nouvelle relation bancaire par Gesyco SA a eu lieu une année après le changement d’actionnariat, période pendant laquelle Banca del Gottardo a continué à offrir ses services à Gesyco SA. L’ouverture de cette nouvelle relation bancaire a été décidée par Gesyco SA en raison de considérations commerciales.

Enfin, contrairement aux informations relayées par le journal, Monsieur Tillyaev n’a jamais été patron de bar.

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