dans banksterland

Un éditeur trash éclaboussé

Personnalité influente de la presse française, l’éditeur de magazines trash Jean-Claude Cochi s’était offert un chalet à 30 millions de francs suisses à Villars. Problème: l’argent n’était pas à lui. La veuve du milliardaire Jimmy Goldsmith l’accuse d’escroquerie et lui réclame 54,9 millions.

Question chalets de luxe, il en faut beaucoup pour impressionner les architectes de la station chic de Villars. Mais le chantier mené durant l’hiver 2009 par l’étrange Jean-Claude Cochi, ils s’en souviennent encore.

Ce mystérieux personnage dépensait sans compter. Douze millions de francs, d’abord, pour racheter un des plus beaux chalets de la station, perché sur 60 000 mètres carrés de terrain coulant en contrebas, sur la commune d’Ollon. Dans les bosquets protégeant le refuge des regards indiscrets, des barbelés tiennent les curieux à distance.

Une situation, commente un pro de l’immobilier local, «tout à fait idéale pour une personne très fortunée en quête de discrétion».

«Le chalet racheté en 2008 venait à peine d’être terminé, mais cela ne plaisait pas à Monsieur Cochi, se souvient le patron d’une société de construction. Il a alors tout fait raser pour reconstruire à son goût.»

Budget total: près de 30 millions de francs pour bâtir un repaire plus beau, plus grand et plus luxueux encore. Les maîtres d’œuvre et l’architecte s’en donnent à cœur joie, d’autant que Jean-Claude Cochi ne mégote pas.

«Des acomptes versés dans les 24 heures, on avait rarement vu ça», se remémore un entrepreneur encore tout ému. Le chantier est terminé début 2010 et le nid d’aigle des Ecovets est devenu un royaume de 2200 mètres carrés habitables, avec piscine intérieure et trois dépendances. Les finitions sont aux «meilleurs standards» du luxe alpin. Le Français s’y installe avec ses deux filles et son épouse.

Mais les choses tournent vite à l’aigre. Le si bon payeur se met à contester ses factures, puis cesse carrément de payer. Les ardoises s’accumulent chez les créanciers qui le mettent aux poursuites: ici 6,7 millions de francs par Credit Suisse, là 413 078 de francs par un marchand de meubles ou encore 742 000 francs par le charpentier. Il oublie aussi de régler 32 000 francs d’impôts.

Fin 2010, Jean-Claude Cochi disparaît sans laisser d’adresse. Les rumeurs les plus folles circulent dans la station vaudoise. On murmure que le Français était un «trafiquant d’armes» et que s’il ne répond plus, c’est sûrement qu’un partenaire coriace l’aura occis. Fadaises.

Jean-Claude Cochi n’est autre que le président des Messageries lyonnaises de presse (MLP), une des deux coopératives en charge de la distribution des journaux en France.

Avant d’occuper ce poste prestigieux, le sexagénaire a passé le plus clair de sa carrière dans le sillage du milliardaire franco-britannique Jimmy Goldsmith, décédé en 1997.

Jean-Claude Cochi avait d’abord officié comme intendant dans ses luxueuses demeures, puis en administrateur de certaines de ses affaires. En homme de confiance de la famille, il en était venu à gérer une partie de la fortune de Laure Boulay de la Meurthe, arrière-petite-fille du duc de Guise et dernière compagne de Jimmy Goldsmith, aujourd’hui installée sur la côte vaudoise.

C’est avec la fortune de la riche héritière que le président des MLP se serait offert le nid d’aigle de Villars. Le pot aux roses finalement découvert, Laure Boulay de la Meurthe a déposé une plainte pour escroquerie et abus de confiance en juillet 2010 auprès du Ministère public vaudois, où l’on confirme que l’enquête suit son cours.

Jean-Claude Cochi a été entendu une première fois par les autorités helvétiques, et devrait bientôt venir s’expliquer plus avant. Entre-temps, les avocats suisses de la riche héritière ont obtenu un séquestre pénal sur le chalet, et réclament désormais à Jean-Claude Cochi la somme de 54,9 millions de francs suisses.

Les observateurs de la presse française interrogés par «Le Matin Dimanche» tombent des nues en apprenant les mésaventures helvétiques du président des MLP. «Cette histoire est en décalage complet avec l’image qu’il cultive en France», confie un connaisseur.

A son poste aux MLP, Jean-Claude Cochi passe en effet pour un retraité «honorablement dévoué à la défense des intérêts de la profession». D’autres observent avec un brin d’agacement que l’homme se pose volontiers en «bonne conscience morale» dans le conflit qui oppose les MLP à leur concurrent Presstalis, les anciennes Nouvelles messageries de la presse parisienne (NMPP).

L’ardoise à 55 millions et les accusations d’escroquerie tombent en outre «particulièrement mal pour un manager qui passe son temps à donner des leçons de gestion dans un secteur dont la survie dépend largement des aides gouvernementales», résume une source très au fait de l’industrie médiatique hexagonale.

Les anciens proches de Jimmy Goldsmith ne sont pas à une contradiction près. Adeptes de la plus grande discrétion sur le versant helvétique de leurs affaires, Jean Claude Cochi et Laure Boulay de la Meurthe partagent un intérêt commun: celui de dévoiler les secrets des autres à la une des magazines people.

Le premier vient de racheter coup sur coup le mensuel français Entrevue, la revue Guts et le bimestriel Choc, connu comme le «magazine le plus trash de la presse française».

Laure Boulay de la Meurthe était quant à elle propriétaire du magazine Point de Vue, le fleuron de la presse people française, passé entre les mains de Jimmy Goldsmith avant sa cession à l’éditeur belge Roularta en 2005. La vente aurait rapporté une trentaine de millions d’euros à Laure Boulay de la Meurthe. Une somme confiée aux bons soins de l’ami de la famille, Jean-Claude Cochi.

Joint par «Le Matin Dimanche», ce dernier n’a pas souhaité s’exprimer sur l’enquête en cours. De même pour les avocats de Laure Boulay de la Meurthe.

Ecrire un Commentaire

Commenter